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Alain Lamaignère
Depuis 2002, Alain Lamaignère dirige de main de maître la programmation du Salon de Montrouge. Par conviction et avec l’esprit libre, cet esthète débusque les jeunes talents et leur offre, souvent pour la première fois, une présence dans les circuits professionnels.
Alain Lamaignère


Pour la cinquante-deuxième édition du Salon de Montrouge, vous avez retenu cent soixante-cinq artistes. Comment êtes-vous arrivé à ce chiffre ? Et, quels ont été vos critères de sélection ?
Nous avons un espace qui permet d'accueillir 165-170 artistes, donc autant en profiter au maximum. Au salon, il y a une tradition qui consiste à appeler les jeunes artistes (issus des écoles d'art, qui en sortent, participent à des groupements d'ateliers, sont dans l'effervescence...) pour leur demander de constituer un dossier. Jusqu'à maintenant, il y avait 140 artistes choisis pour 600 dossiers présentés par an. Cette année, nous en avons reçu 950. Depuis deux ans, le salon séduit davantage les amateurs (on est passé de 4500 à 13000 visiteurs) et beaucoup d'artistes souhaitent y être.
Concernant le choix, c'est celui d'un directeur artistique. Je feuillette les 950 dossiers, et j'observe ce qui en émerge. Je regarde si on a des tendances sages, d'autres plus folles... et j'essaie de les refléter. En ce moment, c'est relativement sage, on n'a pas de grandes surprises. On a même des baisses importantes concernant certains supports qui permettraient plus d'excentricités...

La tendance actuelle est à la sagesse... ?
Ce n'est pas propre à ce salon, c'est partout pareil. Par exemple la photographie, qui a pu être audacieuse à une époque encore récente (en traitant de sujets violents, sexuels...), est revenue au paysage. Les installations sont des chemins assez linéaires, bien codifiés au lieu d'être des broussailles. La vidéo n'est pas très intéressante ; c'est plus de la narration méthodique que des images provocantes. La peinture est, quant à elle, très présente et bien faite. Actuellement, la réflexion est beaucoup plus joyeuse, ce qui donne de la tranquillité plutôt que la désespérance.

30% des artistes présentés sont étrangers et résident sur le sol français...
La France a toujours été une terre d'accueil pour les artistes. Au salon de Montrouge, la nationalité des exposants n'a pas d'importance. En revanche, on leur demande, étant donné qu'on est un salon de découvertes d'avoir des ateliers en France pour pouvoir prolonger les rencontres (ils ne présentent ici qu'une seule œuvre).

Il semble qu'il y ait de plus en plus d’installations, et peu de sculptures...
Il y en a de moins en moins, c’est vrai, parce que c'est très difficile. Le grand marché de la sculpture se fait autour du 1% culturel (la somme consacrée à la construction des bâtiments publics – ex. un collège – est imputée de 1% pour la création d'une œuvre). Dans le cadre d'un salon, cette pratique demande de gros investissements financiers et les jeunes artistes n'ont pas d'argent...

Vous semblez avoir une affection particulière pour la jeune création. On vous retrouve régulièrement à l'occasion d'événements tremplins pour les artistes qui débutent.
J'ai été galeriste à une période de forte ébullition, celle de l'arrivée de la jeune peinture (Combas, Di Rosa, Blais...). En 1990, j'ai créé le salon “Découvertes” pour montrer de jeunes artistes et de jeunes galeries qui n’avaient alors pas accès aux foires. Depuis, ça a beaucoup évolué... En 2001, j'ai créé une section “design contemporain” dans le cadre d'ArtParis. Les critiques m’ont foudroyé, sous prétexte qu'on ne pouvait pas tout mélanger. Maintenant, tout le monde trouve ça normal... Je marche avec le temps, je cherche toujours à valoriser la présentation.

Avez-vous toujours de grandes émotions en voyant les œuvres ?
Absolument. Et tous les ans, je m’offre de l’art. L'année dernière, quatre photographies et une sculpture, un scoubidou en tuyau d'arrosage.

Qu'est devenu le lauréat du salon de Montrouge 2006 ?
Le lauréat du Prix du jury est actuellement présent dans une exposition itinérante, celle des “Jeunes créateurs européens”, qui tourne en Lituanie, Autriche, Italie, Espagne, Portugal, Slovaquie...
En ce qui concerne le premier prix 2006, il s'agit d'une jeune Russe qui a récemment été engagée par une galerie. Elle a eu un succès retentissant et expose actuellement à New York.

Pouvez-vous nous citer d'autres salons qui vous touchent particulièrement ?
En France, il y a un autre événement intéressant pour les jeunes artistes : le Salon de la Jeune création. On n'a pas les mêmes moyens, ni les mêmes temps d'expositions, ni les mêmes surfaces. C'est un salon dirigé par une association d'artistes, qui se tient à la Bellevilloise en deux fois huit jours. À l'étranger, il y a aussi la foire de Turin et Frieze à Londres.

Vous êtes un électron libre avec une forte personnalité, avez-vous des ennemis ?
Je n'ai pas fait d'études d'histoire de l'art, je veux montrer le plus large panorama et je filtre moins que certaines personnes... Je ne cherche pas à savoir si le jeune artiste que je présente a telle ou telle référence dans sa toile, je recherche de l'énergie, de l'application, de l'idée. S'il travaille à la “manière de”, ce n'est pas grave, on verra plus tard.
J'ai été franc-tireur, j'ai été flibustier, donc il y a forcément des gens qui pensent que je les enquiquine... Mais au final, j'aime tout le monde et tout le monde m'aime. Enfin, je crois !

À votre avis, dans quels écueils ne doit pas tomber l'art contemporain ?
En tant que professionnels, nous devons toujours être à l'affût de la nouveauté, ne pas nous laisser entraîner par les faux marchés. Nous devons être disponibles, savoir donner des conseils à ceux qui nous en demandent et éviter d'être prétentieux. Il faut vivre avec ses yeux, pas avec ses oreilles. J’en entends certains dire “Achetez untel, il va bientôt mourir...”, c'est affreux... On devrait toujours dire aux gens : “n'achetez que ce que vous aimez...”.

 

Publié le 29 mai 2007

Par Mary-Noelle Dana
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