Deux expositions à voir ce mois-ci...
agit en fait des 24 fuseaux horaires, bandes étranges cartographiant terres et mers comme des rubans bizarrement découpés. A chaque fuseau est associée une des 25 lettres de l’alphabet (‘j’ étant le mistigri). Les deux artistes créent ainsi un nouvel alphabet, un nouveau jeu de codes : leurs étranges planisphères coloriés signifient « Midi à Paris » ou « Dix heures à Oslo ». Cette sémiotique détourne les codes et intrigue, les pseudo planisphères incitent à la rêverie et au voyage.
L’autre exposition ne dure que dix jours, du 17 au 27 avril, dans une galerie créée il y a un an, Mycroft, 10 rue Ternaux dans le XIème, lieu alternatif où les expositions tournent rapidement. Un jeune commissaire, Emeric Glayse, s’y était fait remarquer il ya quelques mois avec une exposition de photos trouvées, attribuées à une mythique Sarah Stern : chacune de ces photos disparates avait quelque chose qui vous sautait au visage, qui crevait l’écran. Il présente aujourd’hui « Kern & Sons », une sélection de jeunes photographes autour du travail de Richard Kern. Kern est un photographe américain, présenté au Palais de Tokyo il y a quelques années (et plus récemment à la galerie Jousse) au passé assez sulfureux, mais dont les portraits actuels de femmes sont empreints de poésie érotique douce. Une de ses photos, peut-être volée, peut-être posée, montre une jeune femme sur un banc rajustant sa chaussure : pour ce faire, elle se penche en avant et le photographe-voyeur saisit au vol une vue plongeante sur sa gorge ainsi dévoilée, comme on dit. Emeric Glayse a invité huit jeunes photographes étrangers (pratiquement jamais vus en France jusqu’ici) à exposer quelques-unes de leurs photos dans la lignée de Richard Kern, pour la plupart des portraits féminins, portraits intimes et tendres, portraits dévoilés où le corps ne se montre qu’à demi, derrière un rideau, une couverture, un vêtement entrouvert.
S’il faut en choisir qu’un ou deux parmi les huit, ce serait d’abord une Argentine vivant à Londres, Julieta Sans. Une de ses photos montre une jeune femme accroupie, pensive, absorbée, loin du monde. La photographe a su saisir cet instant fugitif, ce moment où la rêverie l’emporte pendant un bref instant. C’est un portrait tout en subtilité et en tendresse, qui obtint l’an dernier le second prix de la National Portrait Gallery à Londres. Et mon autre choix serait pour Ryan Foerster, qui montre un nu à peine visible derrière un rideau de douche mouillé qui difracte la lumière et ‘pointillise’ la composition : le corps inatteignable, impossible à posséder même par la vision, trop éblouissant pour être exposé à nos regards profanes.Lunettes Rouges est le pseudonyme (assez révélateur) d’un amateur d’art qui, dès qu’il le peut, visite musées et galeries, à Paris ou au hasard de ses voyages. Ni journaliste, ni artiste, ni galeriste, il partage librement ses découvertes, ses intérêts, ses coups de cœur subjectifs et sensibles. [Visuels : de haut en bas : A. Detanico et R. Lain, Midi à Paris. Courtesy Galerie Martine Aboucaya, Paris / Richard Kern, Bench. Courtesy Jousse Entreprise / Photo de Julieta Sans] |
Publié le 24 avril 2008