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Video kills me
À l’heure où la photographie peut brandir ses lettres de noblesse, celles-là même qui furent acquises à la sueur des artistes, et de ceux qui les représentent, il est bon d’imaginer que les arts vidéo et/ou numériques bénéficieront de l’expérience de leur aînée.
Video kills me

Les galeristes, du moins celles et ceux qui avancent et pressentent plutôt que de suivre l’évolution des pratiques artistiques, montrent à voir et à regarder, et plutôt deux fois qu’une depuis la rentrée. De grandes institutions, puisqu’elles continuent de faire la pluie et le beau temps sur le Marché, ont déjà sauté le pas, et intègrent, présentent, commandent des œuvres régulièrement. Restent à faire évoluer les usages de support adéquats chez les particuliers, acheteurs et collectionneurs qui, en ces temps de partage universel de vidéos, du téléchargement sauvage à tout carrefour du Net, ont encore bien du mal à définir ce qui relève, soit du court-métrage, soit de l’œuvre d’Art.

Il me semble indispensable de parler des étrangetés fabuleuses et dérangeantes que présentent régulièrement les excellentes Galeries Magda Danysz d’une part, et Filles du Calvaire de l’autre, étrangetés que j’ai pris le temps d’aller constater de visu, et bien m’en a pris, merci.

Rue Amelot, Magda Danysz a offert l’intégralité de son espace à la curatrice Carine Lemalet, sa collaboratrice en matière de vidéo depuis un certain temps déjà. L’expo « Under My Skin » a fermé ses portes il y a quelques jours, et c’est dommage, si vous l’avez ratée. Sachez qu’elle aura en tout cas secoué nos sens dans tous les sens.
La sélection tout entière valait le déplacement, mais Votre Humble Servante accorde une mention très spéciale à Je suis une bombe, d’Elodie Pong, qui valait la ballade à elle seule, tant par sa (ses ?) forme(s) que pour son fond. Je pense aussi souvent, depuis ma rencontre avec l’artiste responsable du très formidable et très dérangeant Motion Accident Sculpture, à ce que cachent les humains. On donnerait à Corine Stuebi le bon dieu sans confession, rien qu’à la voir. Motion Accident Sculpture semble pourtant droit sortie du cerveau dérangé d’un ange des Enfers. Les hommes et les femmes sont décidément fascinants. Passons.

Plus d’actualité, histoire que vous en profitiez un peu quand même : au 17 de la rue des Filles du Calvaire, la directrice artistique Christine Ollier, et son associé Stéphane Magnan, ont généreusement mis à disposition (c’est la terminologie du communiqué de presse, qui m’intrigue encore) leur très bel espace, dans le cadre d’une carte blanche à l’imposante Madeleine Van Doren, à l’occasion du 10ème anniversaire de l’ouverture du Fresnoy-Studio National des Arts contemporains. C’est à deux femmes encore, donc, que les visiteurs doivent le plaisir de pouvoir regarder, dans le confort et une certaine intimité, les quatorze travaux présentés. Là encore, j’ai ressenti quelques pincement tout à fait personnels.
Pour Gregg Smith d’abord, dont la pratique artistique semble essentiellement aujourd’hui tournée vers la problématique narrative, et dont le film réalisé pendant ses années au Studio Le Fresnoy est un bijou de poésie, à l’image de l’imperfection humaine qui nous caractérise tous (notez, s’il-vous-plaît, les élans poétiques, justement, de Votre Humble Servante). Spectateur, voyeur, happé dans un espace-temps qui échappe à l’époque, on est heureux et gêné à la fois, lorsqu’on quitte l’alcôve réservée à Mr Smith, à qui l’on ne souhaite que du bien.

Et dans un élan bien contrôlé, j’applaudis de bonheur le patchwork fabuleux de Bruno Elizabeth, qui reraconte, s’approprie, décline, recrée le cinéma, les cinémas. Mes coups de cœur ne répondant qu’à ses battements, il va de soi que je vous invite à aller faire connaissance avec les œuvres dès à présent, l’expo ne dure plus que deux toutes petites semaines.

Je ne vous cache pas que, depuis mes récentes contemplations d’art-vidéo, je ressens les mêmes troubles de la narration que provoquent chez moi quelques grands cinéastes et quelques fascinants auteurs. C’est le temps qui dissone qui résonne chez moi, finalement, et il m’est doux de savoir ce qui me fait frémir. L’art me tue. La vidéo aussi. La vidéo est donc de l’art. CQFD. Quelle étonnante rentrée !

Gregg Smith


[Illustrations :
En haut : Elodie Pong, Je suis une bombe, 2006. Vidéo. 6 minutes 12. Version française sous-titrée en anglais. Courtesy Galerie Magda Danysz, Paris.
En bas : Gregg Smith, Background to a seduction, 2004. Vidéo. 20 minutes. Courtesy Galerie Filles du Calvaire, Paris]

Publié le 12 février 2008

Par Mary-Noelle Dana
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